Un interrupteur génétique contrôle le comportement paternel chez la souris : de la sollicitude à la violence

0
3

De nouvelles recherches révèlent un mécanisme génétique frappant chez les souris rayées africaines qui semble déterminer si un mâle présente un comportement attentionné ou agressif envers sa progéniture. Les scientifiques ont identifié un gène unique, Agouti, qui, lorsqu’il est activé, peut faire passer une souris mâle d’une paternité attentive à une agression infanticide. Cependant, l’étude souligne que ce « changement » génétique opère en tandem avec les conditions sociales, ce qui suggère que la biologie et l’environnement interagissent pour façonner les soins paternels.

La rareté des pères impliqués dans le monde des mammifères

Les soins paternels actifs sont remarquablement rares chez les mammifères, présents chez seulement environ 5 % des quelque 6 000 espèces. Cette rareté a fait de la compréhension des mécanismes sous-jacents au comportement paternel un défi important. La souris rayée africaine (Rhabdomys pumilio ) offre une opportunité d’étude unique car les mâles de cette espèce affichent un large spectre de comportements paternels, allant de l’attention à l’indifférence totale, voire à la violence envers leurs propres chiots.

Le contexte social favorise l’agression : logement collectif ou logement solitaire

Les chercheurs ont découvert que les souris mâles hébergées en groupe avec d’autres pères et leurs petits étaient beaucoup plus susceptibles d’ignorer ou d’attaquer les petits que les mâles isolés. Cela suggère que la pression sociale et la compétition jouent un rôle crucial dans la régulation du comportement paternel. Lorsque les mâles ont été déplacés des cages surpeuplées vers l’isolement, leur agressivité a diminué et leurs instincts nourriciers ont refait surface.

Le rôle du gène Agouti et de la zone préoptique médiale (MPOA)

L’étude a identifié la zone préoptique médiale (MPOA) – une région du cerveau connue depuis longtemps pour son implication dans les soins maternels chez les mammifères – comme une zone clé régulant le comportement paternel. La surveillance de l’activité cérébrale a montré que les pères attentifs avaient une activité plus élevée dans la MPOA. Une analyse ultérieure de l’expression des gènes au sein de la MPOA a révélé que le gène Agouti était significativement plus actif chez les pères agressifs que chez les pères attentionnés.

“Des décennies de travail ont montré que la MPOA agit comme une plaque tournante pour les soins maternels chez les mammifères”, explique le Dr Forrest Rogers, auteur principal de l’étude.

Pour confirmer l’influence du gène, les chercheurs ont artificiellement augmenté l’expression de Agouti dans la MPOA de souris mâles à l’aide de vecteurs viraux. Le résultat a été un changement radical de comportement : les pères auparavant attentionnés sont devenus agressifs envers les chiots, ce qui suggère que Agouti agit comme un interrupteur moléculaire pour les soins paternels.

Pas seulement la génétique : les conditions sociales modèrent l’effet

Même si le gène Agouti semble avoir un lien étroit avec le changement dans les soins paternels, Rogers prévient que ce changement moléculaire n’est pas tout. La recherche montre que le logement social, par exemple, pourrait modérer cet effet. Lorsque les mâles ont été déplacés d’un logement de groupe vers des cages solitaires, les niveaux d’Agouti ont chuté et les soins ont augmenté, ce qui suggère que le gène est davantage influencé par le contexte social que par la disponibilité alimentaire.

Limites et recherches futures

Il est essentiel de noter que cette étude s’est concentrée exclusivement sur les souris rayées africaines. Les résultats ne peuvent pas être directement extrapolés à d’autres espèces, y compris les humains. Bien que Agouti puisse jouer un rôle similaire chez d’autres mammifères, il n’existe actuellement aucune preuve à l’appui. Cette recherche constitue un point de départ essentiel pour approfondir les recherches sur l’interaction complexe entre la génétique, l’environnement social et le comportement paternel chez les mammifères.

L’étude souligne que même des comportements apparemment instinctifs, comme les soins parentaux, ne sont pas uniquement programmés, mais sont plutôt façonnés par une interaction dynamique entre les gènes et l’environnement.