Science contre droit : Pourquoi les tribunaux ont du mal à identifier les pères de vrais jumeaux

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Une récente décision de justice a suscité un débat important au sein de la communauté scientifique concernant les limites de la technologie de l’ADN dans les conflits de paternité. Lorsqu’un enfant naît d’une mère qui a eu des relations sexuelles avec l’un des jumeaux monozygotes (identiques), les tribunaux se retrouvent parfois dans une impasse, affirmant qu’il est scientifiquement impossible de déterminer quel jumeau est le père biologique.

Cependant, les experts en génétique moléculaire affirment que cette conclusion juridique est factuellement incorrecte.

La réalité scientifique des jumeaux « identiques »

Même si les jumeaux monozygotes partagent des séquences d’ADN presque identiques dans leurs cellules somatiques (les cellules qui composent le corps), ils ne sont pas vraiment identiques à tous les niveaux.

Le nœud du problème réside dans les cellules germinales, les cellules responsables de la reproduction. Selon le professeur Michael Krawczak de l’Université de Kiel, même chez les vrais jumeaux, la constitution génétique de ces cellules germinales diffère suffisamment pour créer une « signature » distincte.

Grâce à des techniques génétiques moléculaires avancées, les scientifiques peuvent analyser ces différences pour attribuer la paternité avec un degré élevé de certitude. Cela signifie que même si les jumeaux peuvent se ressembler et partager la majeure partie de leur code génétique, leur biologie reproductive comporte des marqueurs uniques qui peuvent être décodés.

La barrière du coût et de la complexité

Si la technologie existe, pourquoi le système juridique ne parvient-il pas à l’utiliser ? La réponse semble résider dans la tension entre possibilité scientifique et pragmatisme judiciaire.

  • Coûts élevés : Les tests de génétique moléculaire actuels destinés à cet objectif spécifique sont coûteux, atteignant souvent la fourchette à cinq chiffres.
  • Hésitation judiciaire : Dans une décision récente de la Cour d’appel, la cour a qualifié ces coûts de « très importants », suggérant que les dépenses pourraient dépasser l’utilité de la preuve.

Cela crée un écart important entre ce que la science peut faire et ce que la loi est prêtée à faire. Pour les familles concernées, l’incapacité d’établir la paternité légale peut avoir de profondes conséquences en matière d’héritage, de pension alimentaire pour les enfants et d’identité juridique.

Pourquoi c’est important

Ce différend met en évidence un point de friction croissant entre la biotechnologie qui progresse rapidement et les cadres juridiques traditionnels. Alors que la science génétique évolue vers des niveaux d’analyse plus granulaires et microscopiques, la loi doit décider si « trop cher » est une raison valable pour déclarer un fait « inconnaissable ».

Le refus d’imposer de tels tests soulève une question cruciale : le coût élevé de la certitude scientifique justifie-t-il de laisser des questions juridiques fondamentales sans réponse ?

Même si la loi peut considérer les tests coûteux comme un obstacle à la justice, la génétique moléculaire suggère que la vérité biologique est tout à fait à notre portée ; l’obstacle n’est pas la science, mais le coût de son application.

Conclusion
La communauté scientifique soutient que la paternité dans les cas de vrais jumeaux peut être résolue grâce à des tests génétiques spécialisés. L’impasse juridique actuelle n’est pas le résultat d’une impossibilité biologique, mais plutôt