James Webb repère une fusion de galaxies vieille de 4,4 milliards d’années dans un nouvel instantané cosmique

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La gravité agit comme une lentille. Il plie l’espace, déforme le temps et amplifie la lumière qui autrement resterait cachée dans l’obscurité. Albert Einstein l’avait deviné il y a un siècle. Il savait que des objets massifs pouvaient déformer la structure du cosmos, étirant la lumière provenant de sources lointaines lors de leur passage. Aujourd’hui, nous appelons ce phénomène lentille gravitationnelle. Le télescope spatial James Webb (JWT) utilise cette distorsion cosmique prévisible pour observer les reliques les plus anciennes de l’univers.

Ce n’est plus de la théorie. C’est un outil de travail dans les boîtes à outils des observatoires. Regardez la dernière version de JWST, centrée sur un jeune amas de galaxies chaotique connu sous le nom de MACS J053.4-042. Ici, les miroirs funhouse d’Einstein sont pleinement à l’œuvre. L’image montre deux galaxies massives se verrouillant en cornes, entourées d’un fond de faible lumière d’étoiles anciennes amplifiée en visibilité par le simple poids de la matière entre nous et l’univers primitif.

La collision à Columba

Au cœur du cadre se trouvent deux galaxies lumineuses à balise blanche. Ils siègent dans la constellation de Columba. Selon l’Agence spatiale européenne (ESA), ceux-ci ne flottent pas seuls. Ce sont les centres gravitationnels de leurs propres sous-amas, entourés de galaxies plus petites et subordonnées. Mais ils ne sont pas en paix. Ils s’écrasent.

La lumière que nous voyons dans cette scène est partie lorsque l’univers n’avait qu’environ 9 milliards d’années, soit environ 4,4 milliards d’années – ce n’est pas un clin d’œil pour l’évolution cosmique, mais une éternité pour la biologie. Ces clusters sont au milieu d’une fusion désordonnée. Les deux principales galaxies elliptiques se sont déjà percutées. À l’heure actuelle, environ 1 million d’années-lumière les séparent. Imaginez aligner dix Voies Lactées côte à côte. C’est l’écart qui se réduit. Dans des milliards d’années, ils se replieront les uns sur les autres, fusionneront complètement et ne feront plus qu’un.

Les deux amas ne s’entendent pas et fusionnent dans un processus qui finira par créer une galaxie unique et monstrueuse.

Mais regardez au-delà des centres blancs. Regardez vers les bords.

Voir l’invisible avec les lentilles gravitationnelles

La vraie histoire vit dans les arcs orange. Ces rubans de lumière contournés flanquent le groupe principal comme les poignées d’une tasse. Ils ne font pas partie du groupe local. Ce sont des galaxies d’arrière-plan, beaucoup plus éloignées, dont la lumière a été courbée et étirée par la gravité de l’amas de premier plan. Sans cet effet de lentille, ces signaux seraient trop faibles pour que même James Webb puisse les détecter.

Les lentilles gravitationnelles permettent aux astronomes de sonder les galaxies formées moins d’un milliard d’années après le Big Bang. Il amplifie les moindres murmures de l’univers primitif, transformant les objets impossibles à voir en cibles claires à étudier. Rien que dans l’arc de gauche de l’image, trois points brillants ne représentent pas trois galaxies différentes. Il s’agit d’une seule et même galaxie, imagée plusieurs fois alors que sa lumière empruntait des chemins différents autour de la lentille.

Ce n’est pas un problème rare. Cette distorsion se répète dans tout le champ de vision. Chaque traînée orange allongée offre une fenêtre déformée sur une époque ancienne de l’histoire cosmique. C’est ainsi que les scientifiques vérifient que l’univers primitif construisait des étoiles plus rapidement que ne le prédisaient nos modèles. Les structures les plus anciennes du cosmos sont plus grandes et plus matures que ce que les théories actuelles de la cosmologie prétendent.

Pourquoi cette lentille est importante pour les études sur le terrain en profondeur

La lentille gravitationnelle n’est pas seulement une jolie image. C’est la principale méthode d’étude des galaxies faibles et les plus anciennes. En utilisant une étrangeté cosmique massive (un amas de galaxies) comme lentille pour en découvrir une autre (des galaxies anciennes et lointaines), JWST comble les lacunes de notre chronologie. La masse du MACS 0453.3-3542 agit comme une loupe naturelle, nous permettant de voir des détails qui seraient flous ou invisibles sans aide.

Les scientifiques s’attendent à ce que ces observations occupent les astronomes pendant des années. Chaque nouvelle image révèle que la formation initiale des galaxies était plus compliquée, plus rapide et plus complexe que ne le suggéraient les données précédentes. Nous voyons l’univers dans un état de construction rapide, capturé en haute définition par le meilleur télescope jamais construit. L’objectif ne ment pas. L’univers a toujours été plus sauvage que nous le pensions.

Et ce n’est que le début de ce que verra ce télescope.